Photo hors-numérique

par Suzanne Lortie le 3 juillet 2011
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Chouette entrevue ici avec Laurent Gloaguen, fondateur de la Galerie du Cabestan, à Montréal.

Palladio-platinotypes, chrysotypes, orotones, cyanotypes. Papiers enduits, négatifs perdus et mal référencés, ses tirages sont à la fois nés d’un désir de l’oeuvre perenne et d’un certain goût pour de nouveaux « mash-ups » chimiques. C’est l’alchimie créative de Laurent, qui répond aux questions de Stéphane Gigandet sur Interesting Views.

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Laurent Gloaguen, “Antigonish I, motel obscura” - Tirage cyanotype sur papier 100% chiffon de la papeterie Saint Armand, Montréal.

A l’heure du tout numérique et du jetable, constates tu un regain d’intérêt pour ces techniques artisanales et durables, ou as-tu plutôt l’impression d’être l’un des derniers remparts avant qu’elles ne tombent dans l’oubli ?
Je connais plein de jeunes de vingt ans, des « digital natives », qui se mettent à la photo argentique, qui achètent de vieux appareils russes sur eBay avec des objectifs improbables, qui utilisent des Holga en vacances, qui s’essayent au sténopé… Alors, oui, je constate un fort intérêt pour le « hors-numérique ». En Amérique du Nord, où je vis, toutes les étudiants en photographie apprennent et pratiquent les techniques classiques de tirage. Ce qu’ils découvrent, c’est que toutes ces techniques sont avant tout des outils de création. En arts graphiques, il y a la peinture, l’aquarelle, les fusains, les crayons, les feutres, le stylo Rotring, la tablette graphique, Illustrator, Photoshop, etc. Aucun outil ne remplace l’autre, ils sont complémentaires et peuvent être utilisés en technique mixte. La création est conditionnée par l’outil, chaque outil apporte son lot de contingences, d’aléas, de contraintes qui enrichissent, exaltent la créativité. Et les apprentissages de différentes techniques s’enrichissent mutuellement. C’est exactement pareil en photographie.

Il y a aussi un autre paramètre très humain, c’est la sensualité. Un exemple : vous pouvez sculpter dans un logiciel 3D et imprimer le résultat en volume sur les nouvelles imprimantes 3D. Ou vous pouvez pétrir la glaise de vos mains et cuire au four le résultat. Une technique ne remplace pas l’autre, même si la première peut singer la seconde, mais j’ai tendance à trouver plus de sensualité dans la seconde, plus d’humain, plus de main. Et vous ne ferez pas, sauf marginalement, les mêmes choses avec chaque outil.
Nous vivons dans un monde où il y a de la place pour les meubles Ikea et les œuvres d’ébénistes, les uns ne tuent pas les autres, ils répondent à différents besoins, différentes aspirations. Tout comme il y a aussi de la place pour du tirage numérique et du tirage d’art.

Donc, pour revenir à la question, l’oubli, moins que jamais. Au contraire, il y a une immense curiosité chez les jeunes qui sont censés rester collés sur des écrans.

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